Cloud souverain : pourquoi les entreprises françaises s’y intéressent

Tout savoir sur le cloud souverain

Le marché du cloud souverain européen atteint 12,4 milliards d’euros en 2026, en croissance de 34 % sur un an. Derrière cette progression, une préoccupation grandissante : le risque d’accès aux données stratégiques par une autorité étrangère via le Cloud Act américain. Ce guide explique ce qu’est réellement le cloud souverain, en quoi il diffère du cloud de confiance, quels acteurs le portent en France, et pourquoi de plus en plus d’entreprises françaises font ce choix aujourd’hui.

Qu’est-ce que le cloud souverain ?

Le cloud souverain désigne des services cloud, hébergement, stockage, calcul, intelligence artificielle, opérés par des entreprises françaises ou européennes, dont les données sont hébergées exclusivement en France ou en Europe, et qui restent soumis exclusivement au droit français et européen, notamment le RGPD. L’objectif premier est de ne pas dépendre des géants américains du cloud, AWS, Google Cloud ou Microsoft Azure, et d’échapper au risque d’application de lois extraterritoriales sur des données pourtant physiquement hébergées en Europe.

Pourquoi le Cloud Act américain inquiète les entreprises européennes

Le Cloud Act américain, combiné à la section 702 du FISA, permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’une entreprise américaine l’accès à des données qu’elle détient, y compris lorsque ces données sont hébergées sur des serveurs situés en France ou ailleurs en Europe. Cette portée extraterritoriale s’applique dès lors qu’une entreprise américaine, ou une filiale sous son contrôle, opère l’infrastructure concernée, indépendamment du lieu physique de stockage des données. C’est précisément ce risque juridique que le cloud souverain cherche à neutraliser.

Cloud souverain et cloud de confiance : ne pas confondre

Ces deux notions sont souvent confondues alors qu’elles reposent sur des logiques différentes. Le cloud souverain au sens strict repose sur une technologie et des acteurs entièrement français ou européens, comme OVHcloud, Scaleway ou 3DS Outscale. Le cloud de confiance, porté notamment par les offres Bleu et S3NS, associe une technologie américaine, Microsoft pour Bleu, Google Cloud pour S3NS, à une exploitation opérée par une entité française sous licence, Orange et Capgemini pour Bleu, Thales pour S3NS. Les deux modèles peuvent obtenir la certification SecNumCloud, mais seul le cloud souverain garantit une indépendance technologique complète vis-à-vis des éditeurs américains.

Un exemple concret : EDF En 2026, EDF a choisi de retenir à la fois Bleu et S3NS pour héberger certaines de ses données stratégiques, illustrant la stratégie de plusieurs grandes entreprises françaises consistant à combiner performance des technologies américaines et garanties de souveraineté opérationnelle.

SecNumCloud : la certification de référence

SecNumCloud est la qualification délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) aux services cloud répondant à des exigences strictes de sécurité technique et de souveraineté. Le référentiel garantit notamment une immunité contre les lois extraterritoriales : aucune obligation légale étrangère ne peut contraindre l’opérateur certifié à transférer des données vers une autorité tierce. Cette certification constitue aujourd’hui le repère de référence pour les entreprises et administrations souhaitant objectiver le niveau de souveraineté d’une offre cloud.

Les principaux acteurs du cloud souverain français

ActeurProfil
OVHcloudLeader européen, environ 1,5 million de serveurs dans 33 datacenters
ScalewayFiliale du groupe Iliad, positionnement cloud éco-responsable
3DS OutscaleFiliale de Dassault Systèmes, certifiée SecNumCloud
NumSpotCoentreprise réunissant huit acteurs français, lancée en 2024
Bleu / S3NSCloud de confiance, technologie Microsoft/Google opérée en France

Pourquoi les entreprises font-elles ce choix aujourd’hui ?

  • Conformité réglementaire : la directive NIS2 pousse un nombre croissant d’entités à sécuriser leurs infrastructures critiques, ce qui oriente naturellement vers des solutions certifiées SecNumCloud.
  • Exigence des donneurs d’ordre : certains clients ou partenaires, en particulier dans les secteurs régulés, exigent désormais contractuellement un hébergement souverain pour leurs données les plus sensibles.
  • Protection des données stratégiques : la volonté de sécuriser la propriété intellectuelle et les données concurrentielles face à tout risque d’accès par une autorité étrangère.

Quelles limites et quels arbitrages pour une entreprise ?

Le choix d’un cloud souverain implique généralement des arbitrages : l’écosystème de services proposé par les acteurs français reste souvent moins étendu que celui des hyperscalers américains, en particulier sur les services d’intelligence artificielle les plus avancés, et les coûts peuvent s’avérer supérieurs faute d’économies d’échelle comparables. L’approche la plus courante en 2026 consiste à réserver l’hébergement souverain aux données réellement stratégiques ou soumises à une obligation réglementaire, tout en conservant des solutions plus classiques pour les usages courants et non sensibles.

FAQ : cloud souverain en 2026

Qu’est-ce qui distingue le cloud souverain du cloud classique ?

Le cloud souverain désigne des services hébergés exclusivement en France ou en Europe, opérés par des entreprises françaises ou européennes, et soumis exclusivement au droit européen, sans risque d’application de lois extraterritoriales comme le Cloud Act américain.

Qu’est-ce que le Cloud Act et pourquoi inquiète-t-il les entreprises européennes ?

Le Cloud Act et la section 702 du FISA permettent aux autorités américaines d’exiger l’accès aux données détenues par une entreprise américaine, même lorsque ces données sont physiquement hébergées en Europe, ce qui expose les données stratégiques des entreprises européennes à un risque juridique extraterritorial.

Cloud souverain et cloud de confiance sont-ils la même chose ?

Non. Le cloud souverain repose sur des acteurs et une technologie entièrement français ou européens, comme OVHcloud ou Scaleway. Le cloud de confiance, porté par des offres comme Bleu ou S3NS, combine une technologie américaine (Microsoft, Google) avec une exploitation opérée par une entité française, sous certification SecNumCloud.

Qu’est-ce que la certification SecNumCloud ?

SecNumCloud est la qualification délivrée par l’ANSSI aux services cloud répondant à des exigences strictes de sécurité et de souveraineté, garantissant notamment une immunité contre les lois extraterritoriales comme le Cloud Act.

Quelle taille représente le marché du cloud souverain en France en 2026 ?

Le marché du cloud souverain européen représente 12,4 milliards d’euros en 2026, en croissance de 34 % par rapport à 2025, porté à la fois par la réglementation et par une demande croissante des entreprises privées.

Pourquoi une entreprise privée choisirait-elle un cloud souverain plutôt qu’un hyperscaler américain ?

Trois raisons dominent : la conformité à des exigences réglementaires comme NIS2, une exigence explicite de certains clients ou donneurs d’ordre, et la volonté de sécuriser des données stratégiques face au risque d’accès par une autorité étrangère.

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